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Doris Anderson : Récit d'une expérience, Toronto, le 6 juin 2002
Ancienne rédactrice en chef de la revue Chatelaine, Doris Anderson s'est adressée aux membres de l'Association canadienne des femmes cadres et entrepreneurs (ACFCE) à la rencontre annuelle du 6 juin 2002. Authentique « rebelle », comme l'indique le titre de son autobiographie (Rebel Daughter), Doris a surmonté de nombreux obstacles pour accéder à son poste à Chatelaine, qu'elle a occupé pendant plus de 20 ans. Outre sa contribution au monde de l'édition au Canada, elle a été présidente du Conseil consultatif et du Comité canadien d'action sur le statut de la femme. Elle a façonné le nouveau visage de la société canadienne et reçu l'Ordre du Canada et le prix Femme de mérite.
Par son dynamisme exemplaire, Doris a préparé le terrain à toutes les femmes cadres et chefs d'entreprise d'aujourd'hui. Si elle reconnaît que des progrès ont été accomplis jusqu'ici, elle croit qu'il y a encore place aux améliorations.
PASSÉ
Doris doit son esprit rebelle à sa mère, qui s'est jointe à la Literacy Society de Toronto en 1918, un groupe de femmes qui se réunissaient pour obtenir le droit de vote, ce que les hommes percevaient comme un mouvement radical. « Ma mère n'avait pas beaucoup de choix de carrières. Pour une femme, une carrière n'était respectable que pour subvenir aux besoins de la famille en cas d'incapacité du mari ou, pis encore, si elle restait célibataire, privée d'un époux. »
Doris a trouvé sa source d'inspiration, son guide, chez une professeure. « J'admirais les enseignants, qui étaient souvent des femmes célibataires et indépendantes. Je me demandais comment elles étaient parvenues à ce poste, dans lesquels elles commandaient à des subordonnés et pouvaient faire tout ce qu'elles voulaient. On leur présentait même des documents à signer, je n'en revenais pas ! »
Heureusement pour nous, Doris a tenu bon. à cette époque, les femmes avaient besoin de la signature de leur mari pour changer leur nom sur leur carte de crédit. Elles devaient prouver l'adultère de leur mari avant d'obtenir le divorce. Les mères au travail étaient perçues comme un fléau social, et on les tenait responsables du déclin de la moralité au pays. « Il y avait de quoi se fà cher, et c'est ce qui est arrivé », ajoute Doris.
PRÉSENT
« Aujourd'hui, les femmes se heurtent à un mur seulement lorsqu'elles atteignent le milieu de la trentaine, ou dès qu'elles ont des enfants, blague Doris. » Elles ont un plus grand choix de carrières, puisqu'elles ont investi les secteurs médical et juridique. Les services sociaux tels que les garderies sont beaucoup mieux structurés qu'avant. Les femmes contrôlent leur avenir financier ; grà ce à la pilule contraceptive, elles ont acquis la maîtrise de leur corps. Doris croit cependant que deux améliorations importantes s'imposent :
Le monde des affaires représente une des deux zones de pouvoir dans la société, explique Doris. Les femmes gravissent les échelons et deviennent cadres intermédiaires, mais pas plus. « Les femmes sont absentes des filières qui mènent au poste de président, et c'est la raison pour laquelle elles lancent leurs propres entreprises, où elles obtiennent de meilleures chances, un certain pouvoir et l'impression de mieux contrôler leur vie. Nous avons besoin d'un effectif féminin plus vaste dans les postes de commande importants des grandes sociétés. »
Les femmes sont également sous-représentées en politique. « Pour permettre aux femmes de se lancer en politique, je suis convaincue qu'il faut adopter un système de représentation proportionnelle qui aboutira à un gouvernement de coalition, affirme Doris. Nous n'avons eu que quatre gouvernements majoritaires en 80 ans, et je pense que le pouvoir leur a monté à la tête », dit Doris. Elle cite des statistiques montrant qu'en Europe, 25 % à 45 % des sièges des assemblées nationales sont occupés par des politiciennes. Au Canada, on observe une proportion de 20 % ; aux états-Unis, la situation est encore pire : la représentation féminine n'est que de 11 %.
AVENIR
Les femmes doivent accroître leur présence en affaires et en politique, sinon il ne restera pas d'espoir pour un monde meilleur, croit Doris. « Je n'aime pas faire de discrimination, mais il est vrai que les femmes prennent mieux soin de l'environnement et tiennent à la paix. Je crains que nous soyons en train de détruire la Terre plus vite que nous la préservons. Les femmes sont un des éléments de la solution. Nous franchirons une étape décisive lorsqu'elles occuperont ces postes de décision. »
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